Isabelle Alonso, Roman à l’eau de bleu

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Alonso - Roman à l'eau de bleu« … Comme ces messieurs sont étranges ! Voilà qu’après avoir glapi, gémi, réclamé haut et fort qu’on les traite comme les égaux des femmes, après avoir dénoncé les discriminations dont ils seraient l’objet, voilà qu’ils exigent un traitement spécifique ! Logique masculine sans doute… Rappelons ce qu’ils semblent ignorer : dans notre langue, qui ignore le neutre, e féminin est le genre non marqué, c’est-à-dire qu’il englobe la totalité de ce qui relève de l’un ou l’autre genre. Le masculin, genre marqué, ne représente qu’une catégorie à l’intérieur de l’ensemble. Il est de fait inclus dans le féminin, comme le fœtus, mâle ou femelle, est inclus dans le corps de sa mère ! La preuve : la forme masculine est parfaitement lisible dans le féminin ! Ainsi, le mot députée renferme le mot député, le contient, lui donne un cadre et une existence ! A-t-on conscience de ce qu’un députée, si on appliquait la masculinisation, deviendrait… un député ? […] Ne vous en déplaise, on continuera à dire Monsieur la Députée, Monsieur la Docteure, Monsieur la Présidente, Monsieur la Directrice, Monsieur la Rectrice… […] Dira-t-on assez la laideur de mots comme directeur, docteur président ? Et le grotesque de pompier, écrivain, entraîneur ? On pardonne tout à un homme, sauf qu’il renonce au premier de ses charmes, la beauté. Ces mots sont laids, et notre langue refuse la laideur, surtout quand elle est masculine. Demeurez donc féminins dans vos fonctions et masculins dans nos cœurs. Vous aurez droit à notre respect en tant que ministres et à nos hommages en tant qu’hommes. »

Pocket, pages 83-84

Dans ce monde-là, l’homme est relégué au jardin tandis que la femme occupe le devant de la scène. Imaginez, le féminin l’emporte sur le masculin. Même grammaticalement…

Kim et Loup font leurs premiers pas dans la vie active. Les regards pèsent sur eux et les mains les frôlent : des compliments silencieux ? Oui. Non. Définitivement non. Surtout quand les regards se chargent de mépris et que les mains se font plus pressantes. Alors ils oscillent entre honte et silence, ne savent plus à quel sein se vouer. (Facile le jeu de mots ? Pas si facile dans leur histoire…)

La démarche d’Isabelle Alonso a le mérite d’être originale. Certes le scénario n’est pas transcendant et l’ensemble manque parfois de finesse, mais finalement, en renversant, retournant et triturant tout ce qui nous paraît normal, elle met le doigt là où ça fait mal. Le ridicule prend le pas sur le naturel et peut-être est-ce là un moyen plaisant de faire réfléchir celles et ceux qui le voudront bien. Ou même les autres ?

Découvrez aussi La Femme rompue de Simone de Beauvoir et Photo de groupe au bord du fleuve d’Emmanuel Dongala.

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      • Le féminisme et la littérature, c’est toujours la même rengaine : c’est le hold-up de bourgeoises qui ont voulu voler aux prolétaires le rôle de victimes de l’histoire. Et le pire c’est qu’elles ont réussi ! Simone de Beauvoir a pleuré sur sa condition alors qu’elle n’a jamais subi aucune domination. Les vrais dominés sont les hommes et les femmes du prolétariat qu’elle n’a jamais connus. Isabelle Alonso n’invente rien, c’est une bourgeoise qui vend sa propagande dans la droite ligne de notre chère Simone, à une différence près : elle écrit mille fois moins bien. D’où mon désespoir.
        Je pense que ce message te fera plaisir, je l’ai voulu acerbe pour attiser ta colère 🙂

  1. Dans le paradis des romans d’anticipation et de contre utopie, celui d’Isabelle Alonso ne mérite certes pas une place de choix au même titre que un Huxley ou un Asimov mais mérite tout de même que l’on s’y attarde si l’on est sensible aux œuvres de ce style.

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