Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais

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Hustvedt - Tout ce que j'aimais– Je comprends très bien. J’ai beaucoup réfléchi à ça, Matt. L’endroit où je me trouve échappe à ma vue. C’est pareil pour tout le monde. On ne se voit pas dans le tableau, hein ? C’est comme un trou.

– Et quand je réfléchis à ça en même temps qu’à tous ces gens en train de penser leurs milliards de pensées – là, en ce moment, ça ne cesse jamais – j’ai l’impression que tout flotte. » Il fit une pause. « En revenant dans la voiture, quand on se taisait tous, je réfléchissais à la façon dont les pensées de tout le monde changent sans arrêt. Les pensées des gens pendant le match s’étaient transformées depuis que nous étions dans la voiture. Ça, c’était alors, mais ceci, c’est maintenant, et puis ce maintenant disparaît et un nouveau le remplace. Juste maintenant, je dis juste maintenant, mais c’est passé avant que j’aie fini de le dire.

– D’une certaine façon, lui dis-je, ce maintenant dont tu parles existe à peine. On le sent, mais il est impossible à mesurer. Le passé est toujours en train de manger le présent. » Je lui caressai les cheveux et repris, après un silence : « Je crois que c’est pour ça que j’ai toujours aimé la peinture. Quelqu’un peint un tableau dans le temps, mais, une fois qu’il est peint, le tableau reste au présent.

Babel, pages 167-168

C’est une histoire d’amour, d’amitié, de mort, de mensonge, d’enfants et d’art. C’est une histoire de vie. Léo et Erica, Bill et Violet. Matt et Mark. Deux couples, deux enfants, des histoires croisées, superposées. D’exposition en exposition, ils avancent, et nous aussi. Les réflexions artistiques nous plongent dans les méandres de la pensée et des sentiments.

Si la qualité de l’écriture est indéniable, il est possible de regretter un scénario parfois un peu poussif et quelques longueurs. Mais l’auteure parvient tout de même à nous faire sentir avec brio ce que vivent ses personnages, nous transportant dans un New York artistique et un peu fou. Cette folie qui hante les personnages et la ville est à la fois ancestrale et contemporaine. Et, parfois, momentanément ou durablement, elle nous gagne.

Découvrez aussi Les Oreilles de Buster de Maria Ernestam et Dolce Agonia de Nancy Huston.

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